PAS PLEURER

PRIX GONCOURT 2014

PAS PLEURER de Lydie SALVAYRE, prix Goncourt 2014, édité au Seuil, nous immerge  dans la guerre civile en Espagne,  période 1936 – 1939,  par la voix de Montsé  jeune paysanne libertaire de 15 ans et mère de l’auteur,  et celle de Bernanos, écrivain et témoin révolté des exactions des phalangistes.

Très vite, nous nous laissons séduire par ce roman à trois voix : celle de Montse, de Bernanos et celle de l’auteur. Lydie Salvayre nous raconte cette guerre civile par le prisme des souvenirs d’une jeune adolescente de 15 ans qui va goûter au parfum de la liberté en accompagnant son frère José à LERIMA, ville aux mains des libertaires. José veut s’enrôler dans la milice et rejoindre le front de Saragosse avec Duritti, le libertaire. D’illusions en désillusions, au rythme des prises de conscience de José, Montse découvre un nouveau monde, souvent utopique, dans lequel l’amour n’est pas absent. Montse s’affranchit et lorsqu’elle revient avec José au village, elle ne sera plus jamais la petite paysanne « modeste »……

Bernanos, de l’ile de Majorque, observe les événements. Il partage les idées de Nationaux mais désapprouvent leur comportement, leur violence, leur cruauté, que l’Eglise non seulement cautionne mais encourage, au point de ne plus pouvoir se taire au point de les dénoncer. Bernanos est la maturité consciente, Montse est la jeunesse pleine d’espoir pour un nouvel ordre social, proche de celui prôné par Proudhon, dans lequel les hommes sont égaux.

Lydie SALVAYRE oscille entre ses deux visions et pour nous les faire partager met son style à leur service. Une prose sans défaut pour exprimer la vision de Bernanos, une prose cahotique souvent exotique mêlant un français parfois approximatif et la langue maternelle  pour celle de Montse.

Dans Pas Pleurer, la voix de Montse est aussi celle de José qui défend ce nouvel espoir en l’idéal libertaire, qu’il a « vissé » au corps au point de ne vivre que pour lui et par lui et à en souffrir jusque dans sa chair.

Lydie SALVAYRE raconte mais ne porte pas de jugement. Et pourtant, elle réussit par le partage avec le lecteur des horreur commises lors de cette guerre civile,  horreurs que l’église espagnole soutient et bénit, à nous faire nous interroger sur le blanc seing qu’à reçu Franco et l’Eglise à la fin de la seconde guerre mondiale : aucun procès pour crimes contre l’humanité n’a été engagé. Cette participation active de l’église à ces crimes fait aussi douloureusement écho aux évènements de ces derniers jours.

Un très beau prix Goncourt, très mérité.

Editions du Seuil

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