L’ETRANGER

L'ETRANGER

L‘ETRANGER ;  je ne vous parlerai pas du chef d’oeuvre d’Albert Camus mais du Sketch de Fernand Raynaud, écrit en 1975, il y a quarante ans. Pour ceux, trop jeunes pour avoir connu et apprécié cet humoriste, je rappelle que dans les seventies, il était l’équivalent d’un Coluche soulignant avec justesse et à propos nos travers de petits français bien dans leur confort égoïste et certains de leur supériorité.

L’ETRANGER : le bouc émissaire

Avons-nous beaucoup changé ? Les élections Régionales du dimanche 6 décembre nous donnent un début de réponse. Plus d’un quart de la France a voté pour un parti qui prône l’exclusion comme la solution miracle aux problèmes de tout un chacun. L’étranger devient ainsi le bouc émissaire de nos échecs. Le Front National ne propose aucune politique crédible pour faire face à une situation économique difficile, à la gestion des banlieues esseulées, désabusées, perdues, abandonnées. Quant à l’insécurité, des solutions à la Donald Trump que le Front national ne renieraient pas, n’ont pas plus évité le 11 septembre que la France Républicaine n’a pu se protéger d’un 13 novembre.

LE BOUC EMISSAIRE

Le Bouc Emissaire

Trois régions ont voté encore plus massivement Bleu Marine :

Nord-Pas-de-Calais-Picardie, par peur de l’étranger responsable du chômage local !

Provence-Alpes-Côte d’Azur, soucieuse de défendre ses biens …..

L’Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, nostalgique d’un état fort et « pur » la mettant à l’abri des contaminations diverses et multiples (sic)

Pour ses trois régions, l’étranger (appelé aujourd’hui, immigré, migrant, réfugié politique) est celui qui « vole » l’emploi,  qui s’attaque aux biens et aux personnes et par le fait d’union mixte vient polluer l’essence pure du bon français moyen. Que de poids sur les épaules de cet étranger ! Aussi, ne doit-il  plus être accueilli sur le sol français, et reconduit à la frontière si par « faiblesse » nous l’avons accueilli dans le passé.

Sans les nounous, les ouvriers du bâtiment, le personnel de restauration, les ouvriers à la chaine dans les usines et les abattoirs, le personnel soignant dans les hôpitaux, (et j’en passe),  venant  du Maghreb, d’Afrique Noire, d’Asie, de l’Europe de l’Est, quelques  pans de notre économie seraient paralysés. En effet, si nous faisons encore appel aujourd’hui à ces étrangers, c’est souvent par nécessité et non par complaisance.

Combien d’entre nous souhaitent travailler sur une chaine du froid à découper des carcasses de viande 5 jours sur 7, 7 heures par jours pour un SMIC et rentrer le soir chez soi,  les muscles noués, le dos brisé ? Si peu, que nous devons faire appel à des étrangers. Plus d’étranger, plus de chaine d’abattage, plus de viande dans nos assiettes et des éleveurs, des bouchers, des filières alimentaires ruinés.

ABATTOIR DE PORC

OUVRIERS DU BATIMENT

Je pourrai multiplier ainsi les exemples. L’économie et le marché du travail sont complexes. Un n’égale pas un. Seul un discours populiste essaie de nous le faire croire, et au regards des résultats de dimanche soir y réussit « brillamment ».

Comme pays phare des droits de l’homme, nous accueillons des réfugiés politiques. Sans doute, devons nous être plus vigilants sur la définition de réfugié politique et sur l’octroi du droit d’asile mais sans pour autant renier nos valeurs.

L’ETRANGER qui vient manger le pain des français

Revenons à ce sketch de Fernand Raynaud. Quarante après sa création, il n’a pas pris beaucoup de rides. Je vous laisse le découvrir ci-dessous en vidéo ou dans le texte  :

« J’suis pas un imbécile moi, j’suis douanier.

J’aime pas les étrangers, ils viennent manger l’pain des français… ouais !
C’est curieux : comme profession, j’suis douanier, et puis j’aime pas les étrangers… Hein ?
Quand j’vois un étranger qui arrive, puis qui mange du pain, j’dis : « ça c’est Mon pain ! »
Puisque j’suis français, et puis il mange du pain français, donc c’est MON pain à moi.

J’aime pas les étrangers parce que moi je suis français, et je suis fiers d’être français.
Mon nom à moi, c’est Koularkientensky du côté de ma mère… et Piazzano-Venditti du côté d’un copain à mon père.
C’est pour vous dire si j’suis français !
J’aime pas les étrangers, ils viennent manger l’pain des français…
Dans le village où on habite, on a un étranger, alors, quand on le voit passer, on dit : « Tiens, ça, là, ça – c’est l’étranger ».
On l’montre du doigt, comme un objet… On n’a pas de respect.
Quand on a du respect pour un être humain, on ne dit pas « ça », là, non. On dirait : « Ce monsieur »…

C’est un étranger, il vient manger l’pain des français…

Quand sa femme passe, la tête basse, avec ses p’tis enfants qui baissent la tête; on dit :
« Ça, ça là, c’est des étrangers : ils viennent bouffer l’pain des français. »

L’autre dimanche, dans mon village, j’avais été – c’était à la sortie de la messe de dix heures – j’avais été communier au café d’en face.
Y a l’étranger qui a voulu me parler. Moi, j’avais autre chose à faire, pensez, parler avec un étranger !
J’avais mon tiercé à préparer… Je suis douanier. Je suis pas un imbécile.
Enfin, du haut de ma grandeur, étant fonctionnaire, j’ai daigné l’écouter, cet imbécile (il est étranger, forcément)…

Il m’a dit, euh :
« Ne pensez vous pas qu’à notre époque (1972), c’est un peu ridicule de traiter certaines personnes d’étrangères, nous sommes tous égaux.
Voilà ce que j’avais sur le cœur, je voulais vous dire ça, Monsieur le Douanier, vous qui êtes fonctionnaire et très important, vous qui avez le bouclier de la loi… Nous sommes tous égaux. On peut vous le prouver : quand un chirurgien opère un cœur humain, que ce soit au Cap, à Genève, à Washington, à Moscou, à Pékin, il s’y prend de la même manière : nous sommes tous égaux. »

Pauvre andouille va ! Venir me déranger pour dire des inepties pareilles !!!
Il a poursuivi… Ils sont tellement bêtes ces étrangers, ils viennent manger l’pain des français.

Y m’a dit… euh … :
« Est-ce que vous connaissez une race où une mère aime d’avantage ou moins bien son enfant qu’une autre race ? » (en ce temps là, on pouvait parler de race, sans être raciste !)
Là, j’ai rien compris à ce qu’il a voulu dire… J’en ai conclu, qu’il était bête…
En effet, lorsque quelqu’un s’exprime et que l’on comprend pas ce qu’il dit, c’est qu’il est bête !
Et moi je peux pas être bête, …. je suis douanier … : « Vas-t-en, étranger ! »
Il m’a répondu: « J’en ai ras-le-bol, moi. Votre pain, et votre France. Je m’en vais. »
Il a pris sa femme, sa valise, ses enfants, ils sont montés sur un bateau, ils ont été loin au delà des mers, lououain…
Et, depuis ce jour là, dans notre village, eh ben on mange plus de pain, dit !

Il était boulanger !!! »

L’ETRANGER : La morale

Remplaçons Douanier par Cadre Frontiste, et nous voilà en 2015 promis à un triste avenir !!!!!!!!!!!

Pour conserver nos valeurs, Egalité, Fraternité, Liberté, Laïcité, votons dimanche prochain pour barrer la route au Front National et à ces valeurs nauséabondes.

Photo : Sodepa.cm

2 Comments

  • bottin-lecoq dit :

    Je ne suis pas boulangère et je veux bien partager mon pain.
    Rien ne m’appartient, j’ai seulement eu de la chance de naître en France, dans ce beau pays des droits de l’homme, du siècle des lumières.
    Et pour que mon pays soit toujours une lumière qui brille et une terre d’accueil, dimanche je ferai barrage au Front National.

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